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Professeur des écoles, MA réalité du métier

Hello, hello !

Et bien voilà, nous y sommes, cet article où je parle ENFIN de ce que j’ai réalisé cet été, ou plutôt, de ce qui m’est arrivé en pleine face sans même que je m’y attende. Cet été, alors que je profitais de mes deux mois de vacances d’été, comme chaque année. Comme chaque année, j’ai répondu à la question « c’est pas trop long » par un « oh non pas du tout ». Mais cette année, j’ai surtout compris beaucoup de choses sur ce métier qui est devenu le mien. D’ailleurs, je pense qu’un petit récap’ rapide sur mon parcours est nécessaire pour comprendre.

 

Bac S obtenu en 2011 avec mention bien, licence d’anglais puis master MEEF (Métiers de l’Enseignement et de l’Education), et concours pour devenir professeur des écoles obtenu en 2016. Professeur stagiaire pour l’année scolaire 2016-2017 (à mi-temps en classe, et à mi-temps à la fac pour mon Master 2), titularisée en 2017. Lors de ma première année en tant que titulaire (à plein temps donc), l’année dernière, j’ai été professeur des écoles remplaçante (professeur à part entière mais destinée à remplacée les collègues de ma circonscription sur des périodes courtes : de la journée à quelques semaines) par choix. Et cette année, j’ai gardé le même poste. J’enseigne à Béziers, et vis à Montpellier, je fais donc les trajets tous les jours.

Si j’ai préféré commencer ma carrière en tant que remplaçante, c’est parce que je savais dès le début que je voulais garder de la place pour ma vie perso. La plus grosse place d’ailleurs. Et avoir sa classe, c’est beaucoup de travail en dehors du temps scolaire : préparer les séances, les séquences, préparer la rentrée (commandes, affichages, nettoyage – et parfois récupérer des classes dans un état lamentable !), corriger, imprimer, prévoir, les réunions (avec les parents, avec les collègues, avec le collège, avec les autres enseignants spécialisés, les psychologues scolaires, etc),… bref, tout un temps que je ne voulais absolument pas consacrer à ça. Je n’ai donc demandé que des postes de ce type lors du « mouvement » (phase de mutation à l’intérieur du département).

Mais d’abord, autant commencer par les raisons qui m’ont motivée à « choisir » ce métier.

Il faut savoir que ma mère est professeur, en lycée. Elle a décidé de changer de voie à 40 ans, et j’ai suivi cette reconversion professionnelle dès mes 5 ans, de très près. J’ai donc baigné dans ce métier depuis toujours : collègues, réunions, élèves. Et j’aimais ça. Je savais que l’univers de l’enseignement me plairait. Au fil de mes études, j’ai pensé devenir professeur d’anglais, mais je n’avais aucune envie de prendre le risque de partir loin (Créteil, par exemple), et le public collège/lycée m’effrayait. J’ai donc décidé de me tourner vers le premier degré (école primaire). Il faut aussi se l’avouer : j’aimais l’idée d’obtenir la sécurité de l’emploi. Je savais qu’il me suffisait d’un concours pour être « à l’abris » toute ma vie. Je suis de nature très prévoyante, et j’aime savoir que je ne risque rien. Alors, être sûre de mon avenir professionnel si jeune, c’était un gros plus que m’offrait ce métier. Et enfin, j’ai toujours aimé les enfants. J’aime leur présence, leur vivacité, leur insouciance, le fait de s’émerveiller d’un rien. J’ai toujours adoré apprendre aux autres, aider les autres, apporter mon aide, mon point de vue, mes idées. Je savais qu’enseigner me plairait, et cela m’a été confirmé lors de mes deux premiers stages en M1, et lors de mon année de stage en M2.

Mais voilà, déjà trois ans que je fais partie de ce monde professionnel si particulier… et j’ai pu en découvrir de nombreuses facettes, que je n’avais pas du tout anticipées.

 

Alors, tout n’est pas négatif, bien au contraire. Même si tout est remis en question de mon côté, je sais, et j’en suis même certaine, que l’enseignement me correspond. J’aime enseigner, aider à apprendre, voir le cheminement qu’un enfant fait pour arriver à comprendre, analyser, s’approprier une notion. C’est si gratifiant de voir un enfant de maternelle réussir pour la première fois à écrire son prénom, de voir un CP qui parvient enfin à lire sa première phrase. Si gratifiant de savoir qu’on y est pour quelque chose. Tous les jours sont faits de petites ou grosses victoires. Tous. Et je pense que c’est en grande partie ce qui fait la beauté du métier. Et d’ailleurs ce qui me manquerait si je venais à arrêter définitivement un jour. Se sentir utile, à ce point.

D’autres avantages sont bien entendu non négligeables : nos vacances, nos week-ends, nos mercredis (désormais – je travaillais le mercredi matin l’année dernière, et celle d’avant) ; le fait de pouvoir avoir une vie de famille (plus tard – une des raisons pour lesquelles j’ai choisi ce métier) ; … en écrivant, je pensais que la liste serait plus longue. Mais même pas.

Et tout ce qu’il y a à côté… si vous saviez. J’ai précisé dans le titre de cet article « ma réalité », parce que ce dont je suis témoin n’est pas forcément le quotidien de tous les enseignants. Tout doit dépendre de la ville ou de la région dans laquelle on enseigne. Mais mon quotidien, je le connais. Il se base sur mes expériences, mes différents remplacements, et les dires de mes collègues. Et il n’est pas forcément à envier.

Déjà, si j’enseigne à Béziers, en habitant à Montpellier (70km à peu près), ce n’est pas par choix. Au contraire, si je pouvais éviter tous ces réveils à 6h et tous ces allers-retours éreintants, je le ferais de ce pas. Mais non. Si on a la chance de rester dans le département dans lequel on obtient le concours, il faut savoir qu’on fait des voeux, qui ne sont souvent jamais obtenus lors des premières années – surtout si on demande les grandes villes comme Montpellier, pour le département de l’Hérault. Si je continue ce métier quelques années de plus, je pense pouvoir obtenir un poste sur Montpellier d’ici 3 ou 4 ans. Et encore, un poste de remplaçant. Si je voulais un poste « normal », avec ma propre classe, il faudrait compter le double voire le triple. Très compliqué donc. Très compliqué de se lever si tôt, de passer 3h30 dans les transports quotidiennement. Alors oui, j’aurais pu déménager. Mais changer toute ma vie pour mon métier ? Jamais. Sauf si je suis passionnée. Et ce n’est pas le cas. Mon plaisir quotidien ? Rentrer chez moi, retrouver mon cocon, mon chat, mon chéri (très tard le soir), et discuter avec vous, sur Instagram. Echanger, partager, rigoler, parler de voyages, en majorité, et couper de tout ça. Lâcher la pression. Me reposer.

Me lasser ? Non, et je dois ça à la particularité de mon poste. Pour faire court : je suis appelée le matin pour remplacer les enseignants malades ou dont les enfants sont malades la plupart du temps, ou les courtes absences dues à des décès dans la famille, des réunions (type équipes éducatives pour enfants particulier), etc. Il se peut que je remplace quelques semaines ou quelques mois quand les remplaçants attitrés à ce genre de remplacements ne sont plus disponibles (et inversement pour eux). J’ai donc la chance de changer d’école très régulièrement, de changer de collègues donc, et de croiser des centaines d’enfants. Parfois 5 classes en une seule semaine, soit 125 élèves par semaine. Parfois moins, et heureusement. Cette semaine, j’ai remplacé lundi dans une classe, mardi matin dans une autre, et hier et aujourd’hui (jeudi et vendredi) dans une autre encore. Je peux remplacer de la petite section de maternelle au CM2, mais aussi en ULIS (Unité Locale d’Inclusion Scolaire – je vous laisse faire vos recherches si jamais!). Mon quotidien ne peut donc pas être lassant, vu tous les changements (qui me fatiguent d’autant plus, par contre). Lassée non, mais fatiguée, oui. Physiquement, à cause des trajets, c’est certain. Mais surtout psychologiquement parlant. Lassée de voir ce que devient le système éducatif de nos jours. Lassée de voir l’idée qu’ont les autres du métier que l’on fait.

Je n’ai pas tant de recul que ça pour vous dire que les élèves sont de plus en plus difficiles. D’autant plus que ma scolarité s’est exclusivement déroulée dans le privé, alors que j’enseigne aujourd’hui dans le public. Mais une chose est sûre : outre l’enseignement, nous avons aussi à charge l’éducation des enfants (à Béziers, en tout cas). Le milieu social y est très compliqué. Nombreux sont les enfants qui ne parlent pas français une fois arrivés à l’école (lorsqu’ils viennent…), et les parents, n’en parlons pas. Le dialogue parent-enseignant est parfois très compliqué, tant nos modes de vie divergent. Comment se mettre d’accord quand les parents eux-mêmes ont abandonné toute forme d’autorité depuis toujours ? Cette sensation de se battre en vain, parfois. Moi, petite, j’avais peur de mes parents. J’avais peur de les décevoir. Je n’aurais jamais pu supporter le fait d’être envoyée dans le bureau du directeur pour une grosse connerie. Jamais. Et aujourd’hui, c’est le quotidien de ces enfants, qui n’ont peur de rien. Quand aucune limite n’est fixée à la maison, comment supporter celles qu’on t’impose à l’école ? Le sujet est long, compliqué, mais voilà en quelque sorte ce à quoi on est confrontés chaque jour. Ces élèves ne sont pas méchants, pour la plupart, et l’innocence les préserve encore de beaucoup de choses. Mais ils vont grandir, devenir ados, connaître le collège, le lycée, et tout ce qui s’y rattache… j’ai déjà peur pour eux, pour leur avenir. C’est triste. Et ça me décourage. 

A côté de ces enfants-là, il y aussi des enfants si particuliers, qui demandent beaucoup (énormément) d’attention. Ces enfants qui présentent des troubles parfois très profonds (troubles du comportement, de l’attention,… et le reste), et qui se retrouvent dans des classes de 30 enfants. Ces enfants qui monopolisent ton temps, ton énergie, et qui empêchent la progression de la classe sans même le vouloir. Ces enfants sont de plus en plus nombreux, au moins un dans chaque classe que j’ai pu croiser. Et les aides proposées…. tellement laborieuses, et même parfois inutiles. Tout ça, plus les enfants allophones. Vous connaissez l’expression « pédaler dans la semoule » ? Bah voilà.

Heureusement, j’ai la chance de n’être tombée que sur des collègues bienveillants et agréables (il faut dire aussi que voir une remplaçante arriver c’est toujours agréable, on échappe de peu à la répartition de 30 élèves dans les autres classes ahaha). Mais être enseignant, c’est aussi travailler en équipe, et parfois dans de grandes écoles. Et comme tout travail en équipe, cela demande de discuter, beaucoup, échanger, se mettre d’accord, prendre des décisions… et parler parler parler, toute la journée. D’un naturel plutôt solitaire, c’est quelque chose qui me fatigue souvent. J’aime rire, échanger, j’aime vraiment ça. C’est toujours un plaisir le midi de retrouver les collègues pour se raconter les anecdotes de la matinée. Mais quand je me rends compte le soir que je n’ai pas arrêté de parler une seule seconde, du matin 6h52 (départ du tram en bas de chez moi) au soir 18h30 (sortie du tram)… et je m’étonne encore de n’avoir plus de voix parfois !
Il faut aussi souvent régler les litiges. Dans une école, nous sommes tellement nombreux : enseignants, enseignants spécialisés, psychologue scolaire, AVS, directeur, élèves,… tous les jours, des problèmes sont à régler. Des solutions à trouver. Entre enseignants, enseignant/AVS, enseignant/inspecteur… différents caractères, différentes manières de voir les choses. Et il faut trouver un équilibre. Comme dans tout métier me direz vous. Oui, surement. Mais je ne suis pas prête pour tout ça. J’ai envie d’autre chose. Je n’ai pas envie de me sentir vexée par certaines réflexions, je n’ai pas envie de me battre contre la hiérarchie, de réclamer certaines choses auprès du ministère, de faire grève, de tout ça…  pas maintenant.

En fait c’est ça, « PAS MAINTENANT ». Je veux enseigner, mais pas maintenant. J’ai toute la vie pour faire ça.

Et puis je ne vous parle même pas de tous les « couac » du quotidien. Du manque d’espace, des établissements qui tombent en ruine (un plafond s’est effondré dans une école à Béziers récemment, par exemple), de la saleté, du manque de moyens, de personnel. Des différences de budgets entre établissements selon le collège auxquels ils sont rattachés. Des secrétaires incompétentes, des collègues qui ne sont pas impliqués, qui se fichent pas mal des élèves et de leur progression, des parents qui nous manquent de respect, de l’absentéisme parfois impressionnant, de notre incapacité à faire bouger les choses.

Heureusement, je rigole tous les jours. Avec les élèves, avec les collègues. Et ça pour moi, c’est primordial. C’est ce qui me fait tenir.

Oui. Je l’envisage. Est-ce que je vais le faire ? Aucune idée. Je vais d’abord prendre une année off (que je ne suis même pas sûre d’obtenir), durant laquelle je pèserai le pour et le contre. J’ai donc quelques mois à tenir (si tout va bien) durant lesquels je vais essayer de ne tirer que le positif. Et il y en a quand même. Ne vous découragez pas, ceux qui passent le concours ou qui comptent le passer. Ce métier peut convenir à beaucoup d’entre nous. Il convient très bien à beaucoup de mes collègues, à quelques unes de mes amies proches. Et tant mieux, ou même, heureusement. Tout n’est qu’une question de circonstances, de destin. Et je sens que mon destin ne doit pas me mener ici pour le moment mais ailleurs. Loin. 

Merci de m’avoir lue, j’espère en avoir éclairé certains. N’hésitez pas si vous avez des questions. ♥

 

Ajout du 18 octobre 2018 : 

Suite aux retours de collègues à la lecture de mon article, j’ai décidé de recueillir leurs témoignages, pour les partager avec vous. Les voici :


Chloé (@rue_yvonne) écrit :

 » Coucou Jessica, voici mon (loooong) témoignage sur l’école. J’enseigne dans le 94 depuis 5 ans. Et tu me trouveras sur Instagram sous le pseudo de rue_yvonne !

Je suis professeure des écoles. Cette année est ma cinquième année et aussi ma dernière. En juillet 2019 j’abandonnerai mon deuxième prénom « maîtresse » avec un pincement au coeur et de beaux souvenirs mais surtout avec soulagement !
J’aime enseigner. Enfant j’aimais tellement l’école que je n’en sortais jamais et une fois rentrée je jouais à « l’école » où bien sûr j’avais toujours le meilleur rôle : celui de la maîtresse face à son tableau ou corrigeant les cahiers des élèves au stylo rouge.
J’ai donc presque toujours voulu être enseignante même si je me suis aussi intéressée à l’édition, au métier de libraire ou bien de psychologue. J’ai passé la dernière épreuve du concours tout en étant enseignante remplaçante en 2014. Les remplacements, la pression du concours, le mémoire à rendre, les partiels avaient rendu cette année là particulièrement intense mais elle avait eu pour mérite de me conforter dans ce métier. Être maîtresse cela toujours été évident, presque facile. Et je pense que je le fais bien ! Bien entendu il y’a toujours un milliard de choses sur lesquelles se remettre en question et progresser mais quand même, je crois que je peux dire que je suis une bonne maîtresse ! J’habite à Paris et j’enseigne dans l’académie de Créteil dans le Val de Marne. J’ai eu des élèves de maternelle, d’élémentaire et même pendant deux ans de collège car j’avais fait la demande de travailler auprès d’élèves en très grosses difficultés scolaires en classe SEGPA. Globalement, je n’ai pas de véritables mauvaises expériences. J’ai eu des classes agréables ou des classes très dures, il y’a eu de bons moments et de bien moins bons, des instants de grâce et de solitude et en tout cas beaucoup de travail pour que tous ces élèves progressent. Pourtant je démissionne et avec un sentiment d’urgence absolu ! La première raison (et cela est vraiment quelque chose de très subjectif et personnel) est que je trouve très difficile d’occuper jour après jour le premier rôle. La maîtresse, le maître, les prof’ sont seuls sur scène, ils occupent presque tout l’espace. Il faut du lundi au vendredi et durant toute la journée être le maître d’orchestre d’un groupe pas toujours enthousiaste et motivé. Il faut donc déborder d’énergie et en avoir coûte que coûte. L’enseignant parle, module sa voix, encourage, motive les troupes, se fâche et n’a aucun moment de repli. Les jours de fatigue n’existent pas, ils ne doivent en tout cas pas se voir car les enfants s’engouffrent dans la moindre brèche. Impossible d’être malade ou d’être préoccupé. Quand on est enseignant notre rôle est si fondamental que la classe n’existe pas sans. Alors il faut véritablement donner de soi et parfois s’oublier car comme tout le monde les maîtres et maîtresses ne sont pas toujours en forme.
À cela s’ajoute un point essentiel et qui englobe beaucoup d’autres sujets : la question du nombre d’élèves par classe. Cette année j’ai 30 élèves de moyenne section dont deux enfants à troubles autistiques qui ne parlent pas, crient et tapent. Je n’ai pas encore d’AVS (Auxiliaire de Vie Scolaire) pour m’épauler. J’ai une ATSEM qui pour des raisons budgétaires de la commune travaille avec ma classe et une autre, elle n’est donc pas à temps plein avec nous. Trente enfants c’est un nombre « normal » en banlieue parisienne. Avec trente enfants les problématiques sont nombreuses et impossibles à résoudre. Les sollicitations sont constantes et poussent au sentiment d’être débordé. Comment répondre à trente enfants ou presque qui lèvent le doigt (dans le meilleur des cas) et/ou vous interpellent ? De ce débordement en découle de la fatigue, parfois de la colère (imaginez que 15 personnes vous parlent en même temps et râlent parce que vous ne leur répondez pas individuellement) et de la culpabilité de ne pas pouvoir être avec chaque élève. Le nombre des élèves par classe rend extrêmement difficile de différencier le travail, de l’adapter à chaque élève en fonction de ses capacités. Alors il faut accepter presque de « mal faire » son métier parce qu’on sait pertinemment que tel élève aura trop de facilités et un autre pas assez face à un même exercice mais tant pis, 28 autres élèves demandent de l’aide ou de l’attention et il faut continuer de se démultiplier tout en sachant que c’est impossible.
D’autres choses encore rendent ce métier parfois douloureux. La société on le sait n’est plus la même. Les anciennes générations d’instit’ le disent bien : ce ne sont plus les mêmes enfants, ce ne sont plus les mêmes familles. Quid de la faute d’internet, des politiques ou autre, je ne suis pas là pour étudier sociologiquement la population française et principalement de la banlieue parisienne à laquelle je suis confrontée. Néanmoins je constate de nombreux enfants qui dans les classes réclament une attention qu’un enseignant ne peut leur donner. Des enfants dont les parents sont certes souvent dépassés mais surtout la plupart obligés de travailler de nuit ou le week-end et donc qui ne peuvent être suffisamment structurants. Beaucoup d’élèves viennent de milieux très populaires et j’imagine que la majorité de ces familles font de leur mieux mais se mêlent à l’éducation des problématiques sociales, politiques et psychologiques ! Ces problèmes sont réels et interfèrent dans le travail de l’école. Cela se traduit par exemple dans le rappel à la loi, aux règles, par des enfants fatigués, préoccupés, par des situations de violence et du besoin d’être vu, d’être le plus visible possible par l’enseignant pour recevoir son attention. Bref, par des gamins qui n’ont pas la disponibilité mentale d’entrer dans les apprentissages. Et c’est bien normal au vu de ce qu’ils vivent. Cependant ce n’est pas le métier de l’enseignant que de gérer ces problèmes là. Ce n’est même pas possible car outre le fait que le professeur ait été recruté sur ses capacités à enseigner des savoirs il ne peut pas outre passer ses fonctions avec 30 élèves. Car ces élèves si compliqués au profil atypique et difficile sont nombreux, parfois jusqu’à 15 dans une même classe ! Pour que le groupe classe avance néanmoins il faut pourtant adopter cette quadruple casquette : prof, psy, éduc’ spé, flic. C’est tout simplement épuisant !
Car non seulement cela prend une énergie folle en classe (gérer du mieux possible toutes ces personnalités en prenant en compte leur vie, leurs besoins, leurs psychologies) mais en dehors car s’ajoute à la préparation des cours et de la correction des cahiers et copie, les rendez vous physiques et téléphoniques avec les parents, avec des psy, des orthophonistes, des psychométriciens, des pédopsychiatres et parfois même des juges des enfants …

Tout cela c’est une réalité, la mienne et celle de beaucoup d’enseignants qui travaillent comme moi en banlieue parisienne.
C’est un très beau metier, il est indispensable et je le trouve gratifiant mais en même temps il est aussi un métier souvent dévalorisé où l’on se moque gentiment (ou non) des profs et de leurs vacances payées (sans d’ailleurs savoir que les profs ne SONT PAS payés pendant les vacances mais que leur salaire est reparti sur 12 mois au lieu de 10). C’est un métier où même ceux qui y travaillent ou le représentent ne semblent comprendre les véritables enjeux et les difficultés réelles des enseignants. Un métier que je vais quitter parce qu’il me frustre trop de savoir que je ne pourrais JAMAIS être totalement satisfaite de moi, car tout en me sachant bonne enseignante je sais aussi que j’ai mes limites et que dans ces conditions elles ne permettent qu’aux bons élèves de continuer à l’être et à une poignée de progresser. Les autres je n’ai pas le choix que de les laisser de côté et je trouve cela insupportable.

Voilà mon expérience de prof 🙂  »


Emilie écrit :

« Coucou Jessica,

Je fais suite à ton sondage. Alors j’ai pris beaucoup de plaisir à lire ton article, pour voir ce que tu pensais du métier qui est le nôtre :). J’avais l’impression, depuis la rentrée, que tu postais moins de « positif » que l’année dernière (quand j’ai commencé à te suivre).
Je me suis plutôt bien retrouvée dans ce que tu écrivais, surtout pour le négatif : le fait de se sentir « impuissante » face à ces élèves qui manquent de tout à la maison, qui auraient besoin d’être dans des structures spécialisées mais où il n’y a pas assez de place… on peut parfois (trop de fois!) avoir l’impression de faire face à un mur et de travailler en vain.
A Paris, nous sommes toujours à 4,5 jours et je trouve cela scandaleux, quand on sait ce qui est proposé pendant les ateliers périscolaires.
Mme Hidalgo ne désire pas le retour à 4j (95% des enseignants parisiens y sont pourtant favorables). Quand on sait que 85% de la France (et 95% de l’Ile de France) sont repassés à 4j… Enfin, ce qui me dérange le plus c’est de faire partie d’une Éducation « Nationale » qui n’en est pas une en fin de compte, à la vue de ces chiffres.
Enfin, c’est tout ce fonctionnement lourd que me pèse, les animations pédagogiques que l’on nous impose, les évaluations de CP-CE1 (et les heures passées à remplir les résultats!), le manque de reconnaissance (des parents et de la société en général), le pauvre salaire en étant Bac+5 (même si oui, on fait ce métier par vocation !). Et puis, devoir attendre des années et des années pour avoir SA classe, dans une école que l’on a choisie… à Paris cela ressemble à ce que tu dit pour Montpellier : les « bons » postes partent au mouvement à 8-10 points… oui avec 0.333 on peut avoir quelque chose mais ça ne fait pas trop rêver.
Voilà ça c’était le côté négatif et vraiment déplaisant auquel on n’est confrontés qu’en débutant dans le métier.
Pour le positif : je trouve que c’est un métier extrêmement gratifiant. Comme tu l’as écrit dans ton article, quel bonheur c’est de voir un élève qui a compris ce qu’on lui a enseigné ! De le voir grandir, s’épanouir. J’adore le contact avec les enfants, leur curiosité, naïveté et leur fraîcheur.
Moi, à l’inverse de toi, j’adore avoir ma classe rien qu’à moi. Je suis T3 et cela fait ma 2ème année à 100% (mais en provisoire) en CE1 et j’adore. J’ai été ZIL et 1/4 temps une année… j’ai détesté ça : ne pas savoir trouver ma place, autant dans la classe que dans l’école ou face aux parents (quelle est notre crédibilité quand on est en classe que les jeudis ?!…), ne pas savoir quoi faire car on est prévenus à la dernière minute. Je trouve que c’est plus difficile en plus pour la gestion de la classe. Bref, j’ai beaucoup de respect et d’admiration pour ceux qui y parviennent et qui aiment le faire.
C’est vrai qu’être à 100% demande beaucoup de travail à la maison, car il y a tout l’administratif, les réunions avec les divers acteurs de l’école, les corrections, les préparations… c’est un travail qui prend de la place sur la vie personnelle (rien de tel que regarder un film en plastifiant ses feuilles…). Mais cela me plait d’être la « référente » de mes élèves et de leurs parents ; de jouer ce rôle pendant toute une année.
Je trouve que chaque jour est différent et apporte son lot de surprises, bonnes ou mauvaises, mais il faut être capable de gérer chaque situation.
Quand on tombe sur une chouette école, c’est tellement agréable de faire partie d’une équipe et d’échanger sur tout ; de décider communément du fonctionnement de l’école et de ses règles ; de faire des projets de classes/cycles, etc.
Notre emploi du temps est aussi pour moi un atout… on ne peut pas se plaindre des 18 semaines de vacances :p . C’est pour moi un vrai plus, surtout quand le temps sera venu pour avoir des enfants.
Voilà voilà pour mon petit bilan. Je pourrais écrire des lignes et des lignes, je trouve qu’il y a tellement à dire.
Je crois que pour moi le positif prend le dessus. Mais c’est vrai que j’ai connu, pendant ma courte carrière, des collègues qui ont été extrêmement déçues de « l’envers » du décor et qui ont fait le choix de se réorienter.

J’espère que ça ne sera pas trop long 🙂

À bientôt

Émilie »


Marie (@mariegntgrd) écrit :

« Bonjour, tout d’abord merci pour cet article. Ca fait vraiment du bien d’avoir des mots sur tout ce qu’on ressent. C’est marrant j’ai quasiment le même parcours que toi : T2 brigade dans le Var en poste à 70km de chez moi. Les trajerts sont difficiles mais pas tant que les situations auxquelles on doit faire face chaque jour, et voir plus encore en tant que remplaçante du fait de nos déplacements entre les écoles. C’est exactement ce que tu décris dans ton article, c’est décourageant, c’est triste et ça fait peur pour l’avenir de ces petits bouts. Mais comment faire ? Depuis l’année dernière je me pose beaucoup de questions au sujet d’une éventuelle reconversion mais dans quel domaine ? Moi issue d’une famille d’instits et qui avais toujours rêvé devenir maîtresse. Aujourd’hui je déchante. Même si débarquer dans une classe le matin et découvrir de nouvelles petites têtes reste un régal ainsi que des moments de fierté, de complicité et de rigolade avec les enfants. Mais la balande est-elle assez équilibrée pour avoir la conviction et le courage de continuer à évoluer dans ce milieu-là ? Seul l’avenir nous le dira ! En tout cas merci encore pour tes mots. Et désolée pour le message à rallonge mais c’est pas tous les jours qu’on peut se sentir comprise 🙂 sur ce bonne continuation et j’espère que tu obtiendras ce que tu souhaites ! »


 

 

 

 

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6 Comments

  • Clémence BEVE

    J’ai adoré ton témoignage et je me reconnais beaucoup dans toi : solitaire, qui n’aspire qu’une chose toute la journée (rentrer chez soi, être avec son chat et passer une soirée cocooning), etc…
    Pourtant, depuis quelque temps, je m’intéresse au métier d’enseignant et aimerait passer le concours (même si vu ma situation actuelle, ça semble assez compliqué et surtout TRES long) mais en lisant ton article, mes doutes s’intensifient car, étant comme toi de nature, j’ai peur de n’être capable d’exercer cette profession que momentanément par envie d’ « autre chose », d’ « évasion », etc… comme je ressens en ce moment…
    Dans l’hypothèse que tu changes de travail, as-tu des idées, des projets de futur métier ?
    Merci d’avance pour ton retour et je te souhaite bon courage en patientant jusqu’à ton année off. Je t’embrasse.

    • jesscapes

      Bonjour Clémence!
      Il faut que tu pèses le pour le contre, que tu essaies de faire quelques stages, de discuter avec des enseignants. Nous n’avons pas tous mon ressenti et heureusement! Certains s’épanouissent malgré tous ces « à côté ».
      Oui, j’ai quelques idées, mais assez vagues. Je ne veux pas reprendre d’études. J’essaie de ne pas faire de plans trop précipités, d’abord mon année off et ensuite on verra. Peut-être qu’à l’étranger je réaliserai certaines choses! Merci beaucoup, c’est adorable en tout cas. Belle journée à toi.

  • Justine

    Je ne vais sûrement pas aller dans ton sens avec ce commentaire mais ce n’est absolument pas contre toi, je veux juste partager mon « expérience » ayant une maman enseignante en maternelle.
    Ma maman a la chance d’avoir trouvé un équilibre dans cette école, les relations avec les collègues, la directrice, les parents, les enfants… sont bonnes, elle travaille certes en dehors des heures de classes mais ça ne lui demande pas non plus un temps fou, peut être que c’est plus simple avec l’ancienneté. Elle travaille dans une école à 10 minutes en voiture, donc pas de soucis de trajets. Les réunions sont présentes, mais pas si récurrentes. Et je pense aussi qu’avec le temps, elle a réussi à se construire une bulle où elle arrive à faire abstraction du manque d’éducation de certains enfants, du bruit dans la classe, en se concentrant sur l’aspect positif du métier, c’est important aussi d’être conscient que l’éducation et l’avenir d’un enfant ne repose pas entièrement sur tes épaules (et puis parfois il y a des surprises : celui qu’elle a toujours considéré comme son pire élève en terme de comportement est aujourd’hui un jeune écrivain avec une vie totalement stable). Je veux aussi préciser qu’elle enseigne dans le privé, peut être que ça change beaucoup de choses, je ne sais pas. Quoiqu’il en soit, tout n’est pas tout rose pour autant (moyens financiers, manque de personnel, classes pleines à craquer…).
    Finalement, je me dis que tu as peut être trouvé ta voie mais pas encore le bon endroit et le bon moment pour exercer ce métier, et j’espère vraiment que tu finiras par t’épanouir professionnellement (et personnellement parce que c’est lié, avouons-le), que ça soit dans ce métier ou dans un autre ❤️

    • jesscapes

      Hello Justine,
      Il n’y a aucun soucis j’accepte tous les avis 🙂 Et au final, je ne trouve pas que les nôtres soient si différents. Comme je l’ai précisé dans l’article, ce n’est que mon expérience d’enseignante à Béziers, et Béziers est connue pour être une ville très particulière. Je pense qu’être enseignante dans une campagne ne doit pas du tout être la même chose (mais ça ne doit pas être plus facile non plus, tout comme dans le privé), et que les conclusions ne sont pas les mêmes à la fin de la journée. Moi, ce qui me décourage, c’est de me sentir parfois impuissante et de me dire « tu fais ce que tu peux », chaque jour. Je n’ai pas envie de ne faire « que » ça. Et pourtant, je dois me résigner… à cause de facteurs extérieurs. Je pense comme tu dis que j’ai surement trouvé « une voie » dans laquelle je pourrais potentiellement m’épanouir un jour, mais pas forcément « ma voie ». En tout cas merci d’avoir donné ton avis ❤️

  • Laura

    Coucou Jessica ,

    Je suis aussi professeur des écoles et je comprends ce que tu peux vivre.

    Je n’ai eu que des postes provisoires depuis 5 ans et évidemment beaucoup d’expériences différentes et finalement aucune année n’a été la même…

    L’an dernier j’ai été remplaçante courte durée. J’ai détesté. Prévenue à la dernière minute, beaucoup de déplacements, pas une seconde à soi. Bref des journées à 1000 à l’heure mais à 16h30 c’était fini. Je n’aimais pas la maternelle et avec le recul je me dis que une journée en maternelle c’est trop peu pour créer un lien et faire ses projets…

    J’ai eu ma classe, et c’est chouette! Malgré le temps passé à travailler on peut s’investir dans des projets sur le long terme, prendre sa place dans une équipe.

    Cette année je complète des collègues à 3 quarts temps j’ai donc 4 quarts dans 4 écoles 4 fois plus de collègues d’élèves de parents. C’est une chouette expérience car je garde mes classes à l’année et si certaine journées sont difficiles je sais que je ne reverrai pas cette classe avant une semaine . La maternelle que je n’aimais plus l’an dernier, je l’aime à nouveau cette année, car en ayant ma classe à l’année je crée une relation avec les petits loups et fait un réel travail.

    Tout ca pour te dire que selon les postes, les classes, la proximité par rapport à mon logement les expériences ont beaucoup variées. J’entame ma 5e année. Je prends plus en plus de recul par rapport aux choses contre lesquelles nous ne pouvons malheureusement rien faire…
    Surtout, je me dégage du temps pour mes loisirs et mes sports. Ça m’aide à trouver un équilibre et à mieux vivre mon travail. Le midi je m’accorde 10 minutes où je ferme la porte et je lis ou j’écoute de la musique. Ça paraît simple mais ça fait tellement de bien. Aussi, avec les années le temps passé à bosser à la maison diminue. On connaît mieux les élèves, les niveaux bref on sait où l’on va.

    Ce n’est que mon point de vue, je te souhaite bon courage pour ta décision future 😊

    • jesscapes

      Coucou Laura !

      Merci beaucoup pour ton avis/commentaire.
      Heureusement que d’une année à l’autre les expériences sont différentes. Ca nous permet de faire un tour d’horizon de tout ce que peut nous offrir ce métier : du bon, du très bon, comme du mauvais… Au final je crois que ça dépend des caractères et des ambitions de chacun. Je pourrais facilement me contenter de ce quotidien, pas si difficile quand j’y réfléchis. Mais je ne suis pas épanouie et même si « on travaille pour vivre, on ne vit pas pour travailler », j’ai la certitude qu’on peut quand même travailler en s’épanouissant. Et pour l’instant, je ne reste focus que sur le mauvais du métier… Alors, d’autres horizons m’attendent ! Bon courage en tout cas pour ta 5ème année ! Et encore merci ❤️

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